( texte composé sur le thème 21, autour du mot chaîne )
Franchement, si je me retrouve là,
seul, dans le noir, grelottant de froid mais surtout de trouille, je
ne dois m'en prendre qu'à moi... Je sens arriver une crampe dans le
mollet droit mais impossible de me déplier, je suis coincé, réduit
à l'immobilité et au silence. Mon cerveau carbure à plein, un peu
tard certes : j'aurais dû me méfier...
***
Au départ, moi, je voulais juste
rendre service ! C'est elle qui m'a abordé, entre les armoires à
surgelés du Granpix, parce qu'elle n'arrivait pas à attraper les
boudins blancs aux cèpes.
– S'il vous plaît Monsieur, je
cherche quelqu'un pour m'aider... Voyez, quel ennui, je suis vraiment
trop petite !
Une petite dame, oui, entre deux âges,
disons entre le troisième et le quatrième, l'ensemble plutôt bien
conservé et une bonne tête, fripée juste ce qu'il faut. Pendant
qu'elle me parlait, ses yeux se sont mis à pétiller... Il faut dire
que j'ai une taille un peu au-dessus de la moyenne mais ce que l'on
remarque d'abord chez moi c'est sans doute les pecs, évidents sous
le marcel, sans parler de mes bras... tatoués : deux vrais livres
d'images, en couleurs qui plus est. Avec le recul je dirais que... ça
m'apprendra à afficher mes avantages ! Bref, après le passage en caisse, je l'ai retrouvée
sur le parking en train d'essayer de transbahuter ses packs d'eau
minérale du caddie jusque dans son coffre. A quelques voitures de la
mienne... Toujours serviable, j'ai donné mon coup de main...
– Je peux toucher ? a-t-elle lâché
ensuite, gentiment je dois dire, une fois que j'ai eu fini d'œuvrer,
en montrant de l'index mes biceps et en clignant de l'œil, l'air
vraiment sympa.
Moi bien sûr, flatté, j'ai
répondu oui. Elle m'a saisi chaque bras, et scruté, et tâté ;
l'évaluation a duré un moment, petites pressions, hochements de
tête approbateurs...
– C'est que pour monter toutes ces provisions, chez
moi, j'ai quelques marches... Si j'osais... Ce n'est pas très loin, à
deux rues d'ici, à l'entrée du lotissement des chênes... Et je
vous offrirai le café bien sûr... Ou une bière, enfin, ce que vous
voulez... Qu'est-ce que vous en dites ?
Vu son âge, je n'y voyais toujours
pas de malice et me rappelle avoir pensé, bêtement, que je pouvais
me défendre au cas où, non ? Donc j'ai suivi la twingo avec mon
break et me suis garé devant chez elle le long du trottoir tandis
qu'elle remisait sa boîte de conserve dans le garage. Là j'aurais
dû me méfier encore mais je suis trop con, trop beau trop bon trop
con, tout moi, le drame de ma vie. Si je pouvais, là, maintenant,
j'éclaterais de rire, je me foutrais de ma gueule ! J'ai transporté
tous ses sacs et ses packs dans sa cuisine pendant qu'elle lançait
la machine à café, une de cette marque vendue sans l'idole. On a
aussi échangé pas mal d'avis sur le supermarché d'où on venait,
les prix, le choix, la fréquentation...
– Vous voulez peut-être vous laver
les mains, vous rafraîchir ?... Votre petit nom c'est... quelque
chose comme... Arnold ?
Les derniers mots étaient
prononcés sur un ton très... complice, comme quand on veut partager
une bonne blague, et je n'ai pas pu résister, j'ai ri franchement.
– Appelez-moi Arny, c'est ça !
– Oh Arny, eh bien la salle de bains
se trouve... je vais vous montrer... »
Elle m'a accompagné dans le
couloir et je me suis retrouvé piégé ! Elle m'a collé contre le
mur, a commencé à me tripoter les épaules et à se frotter contre
moi : je l'avoue, oui, j'ai laissé faire. Entraîné vers la
chambre, j'ai distingué tout de suite des trucs plutôt étonnants sur une espèce de commode surmontée d'un miroir, une coiffeuse je crois que ça s'appelle : on aurait dit deux ou trois paires de menottes et un ramassis de
chaînes dans une vaste corbeille. Un jeu de mots idiot m'a traversé l'esprit - dans quelle
guêpière m'étais-je fourré ? - mais juste traversé car il était
trop tard. Déjà sacrément émoustillé, j'ai basculé la vieille
sur le lit et cherché fébrilement d'une main un sein sous le t-shirt ; de l'autre je commençais à pétrir un fessier. Elle a
alors entrepris de me débarrasser de mes vêtements et je me suis
retrouvé à poil en un rien de temps, comme si elle avait travaillé
ces gestes toute sa vie... Drôlement alerte la petite dame.
C'est là, alors que mon enthousiasme
grandissait de plus en plus, qu'en fait ça s'est gâté car on a
entendu très clairement une sonnette, le genre deux tons, ding dong,
et surtout une voix :
– Chérie, c'est moi !
Et elle de me souffler dans
l'oreille « Ciel ! Mon mari ! » et d'enchaîner « Vite !
Le placard ! » où je me suis bien sûr précipité nu comme un
ver tandis qu'elle ramassait mes effets pour me les fourrer
par-dessus la tête avant de refermer les portes du dit et maudit
placard... à clé.
***
La douleur dans le mollet me devient
vraiment insupportable ! J'entends le dévoué légitime entrer dans
la chambre et proposer :
– Tu es là ma douce ? Tu veux que je
t'aide à finir de ranger tes courses ?
MF